ENCARTA (1/2)
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La naissance du féminisme selon l'encyclopédie ENCARTA (Microsoft)
1. PRÉSENTATION

Histoire des femmes, champ d’études menées depuis quelques décennies par les historiens des mentalités. Cet intérêt récent pour l’histoire des femmes semble être le signe des profonds bouleversements qui affectent la société contemporaine.

1. L’EDITION FEMINISTE
En retraçant l’histoire des femmes, de l’Antiquité à nos jours, émerge souvent le sentiment que toute évolution de la condition et du statut social de la femme est dépendante de l’image que l’homme a de son homologue féminin. Certes, en fonction des civilisations, des religions, des contextes culturels apparaissent des changements dans les manières d’imposer à la femme des devoirs mais, globalement, il s’agit bien d’une histoire des contraintes imposées par les hommes.

Jusqu’à une époque récente, les sources émanant directement des femmes sont rares. Cette quasi-absence de paroles et d’écrits féminins, s’ajoutant au confinement de la femme dans la sphère du privé, explique la grande difficulté à élaborer une histoire des femmes. Il reste à la disposition de l’historien une profusion d’images —souvent misogynes ou allégoriques— émises par les hommes: des déesses de l’Antiquité (Aphrodite, Athéna, Diane, etc.) à une Jeanne d’Arc ou une Marianne incarnant la patrie ou la République française, en passant par les personnages bibliques féminins (Ève, Marie, Marie Madeleine ou Salomé); autant de représentations féminines fortement contrastées qui ont, au cours de l’histoire, attiré offrandes et prières, ou sarcasmes et répulsion. Cette ambivalence de l’image du «sexe faible» (tardivement désigné «deuxième sexe»), dans la société occidentale chrétienne, s’explique en grande partie par le fait que la femme est, simultanément, la cause du péché originel (la faute commise par Ève) et celle du salut de l’humanité (la maternité de la Vierge Marie).

Relater l’histoire des femmes, c’est donc souvent se limiter à construire une histoire des regards que les hommes ont portés sur elles, une histoire des rapports de sexes. Dans sa représentation des femmes, l’homme donne libre cours à ses fantasmes et dévoile les critères —évolutifs— de la beauté féminine: ainsi, au Moyen Âge, la belle femme noble a la peau blanche, symbole de pureté et de virginité (pâleur aristocratique de celles que le soleil des travaux agricoles ne brûle pas, que la sueur des tâches manuelles ne salit pas), les hanches étroites et les seins menus. À partir de la fin du XVesiècle et jusqu’au XVIIIesiècle, le corps de la femme est valorisé lorsqu’il offre au regard des formes généreuses, des hanches larges, des décolletés laissant entrevoir une poitrine imposante. Il faut attendre la fin du XVIIIesiècle et surtout le romantisme pour que le corps s’amincisse et que le teint s’éclaircisse à nouveau, puis le XXesiècle pour que la femme se libère enfin des tenues encombrantes, des corsets et des bas que la tradition vestimentaire lui a imposés.
3. LES FEMMES DANS L’ANTIQUITÉ
Jusqu’à ce que l’homme comprenne son propre rôle dans la procréation, les sociétés préhistoriques (mais également une certaine mythologie) sont essentiellement matriarcales: la femme est précieuse, car fragilisée par l’enfantement. Ce n’est qu’au début de l’Antiquité que l’homme s’arroge le pouvoir social.


3.1. Une matrice non citoyenne 
Dès la plus haute Antiquité, la femme est déclarée mineure vis-à-vis de la loi; elle ne possède aucun droit civique. Pour le législateur grec ou romain, sa faiblesse d’esprit (imbecillitas mentis à Rome) légitime ses incapacités juridiques: c’est l’homme qui possède la puissance paternelle (patria potestas). De même, elle ne peut participer à la vie de la cité: l’Athénienne doit sortir du foyer accompagnée d’une esclave et ne peut assister ni aux jeux, ni aux représentations théâtrales; la Spartiate bénéficie de quelques libertés, lesquelles se limitent pourtant à concourir dans des jeux qui lui sont réservés; pas plus citoyenne que ses congénères, la Romaine a toutefois le droit de se rendre seule dans les lieux publics ou aux grandes fêtes comme les panathénées. Signe du désintérêt pour la femme, à Rome, seules les héritières sont recensées et il faut attendre le IIIesiècle apr.J.-C. pour que l’empereur Dioclétien tente, pour des raisons fiscales, de les inclure dans les dénombrements. Cependant, il existe quelques rares exemples de femmes qui jouissent de droits durant l’Antiquité; c’est le cas de la poétesse Sappho, dont l’influence intellectuelle est majeure dans le monde grec du VIIesiècle av.J.-C.; c’est également le cas de Cléopâtre qui règne seule sur le royaume Lagide au Iersiècle avant notre ère.

Mais plus généralement, la femme antique, incapable juridiquement, est d’abord et avant tout une matrice (venter) qui donne un héritier à la famille. C’est pourquoi elle passe de la dépendance de son père à celle de son mari, changement qui s’opère souvent à un âge très précoce (quinze ans en moyenne, sachant que certaines peuvent se marier dès l’âge de douze ans). Sous la domination romaine, le mariage revêt deux formes qui traduisent encore la minorité civique de la femme: cette dernière peut être sous l’autorité exclusive de son mari (cum manu) ou sous la tutelle de sa propre famille (sin manu). Plus précises encore, les lois matrimoniales d’Auguste du début du Iersiècle apr.J.-C., reprises et commentées tout au long de l’Empire romain, fixent à vingt ans l’âge maximum de la première maternité (et à vingt-cinq ans celui de la première paternité).


3.2. Une prêtresse 
Les femmes peuvent cependant jouer un rôle non négligeable dans la cité, en servant de prêtresses; c’est le cas de la Pythie de Delphes et des vestales à Rome. Fonction proprement féminine, la prêtrise est déléguée aux femmes par crainte du danger que représente le contact avec le sacré. Les hommes ont souvent recours au savoir de ces prêtresses pour leur commander des prophéties —comme la stratégie à adopter pour une bataille prochaine— qui leur permettent de conforter et reproduire le pouvoir masculin.
La condition liminaire à la prophétie est la pureté, l’innocence. Comme dans le cas des vierges saintes de la chrétienté, le divin s’exprime par la voix de la femme ou de la jeune fille antiques à condition que ces dernières soient pures et se gardent de tout commerce charnel. La sauvegarde de la virginité est donc le prix à payer pour conserver cette parcelle de pouvoir.

4. LES FEMMES CHRÉTIENNES À L’ÉPOQUE MÉDIÉVALE ET MODERNE
4.1. L’image d’Ève 
Du Bas-Empire au XVIIIeme siècle, l’image d’Ève s’impose dans les mentalités. Ainsi au début du IIIesiècle, l’écrivain Tertullien, dans un traité intitulé la Toilette des femmes, rappelle à celles-ci la Genèse: «Tu enfantes dans les douleurs et les angoisses, femme; tu subis l’attirance de ton mari et il est ton maître. Et tu ignores qu’Ève c’est toi? Elle vit encore en ce monde, la sentence de Dieu contre ton sexe. Vis donc, il le faut, en accusée. C’est toi la part du Diable. C’est toi qui as brisé le sceau de l’Arbre; c’est toi qui, la première, as déserté la loi divine…». Des propos semblables sont inlassablement répétés sous l’Ancien Régime pour rappeler à la femme qu’elle est la cause du péché originel et qu’elle doit être soumise à l’autorité masculine, l’homme ayant été créé le premier par Dieu et, de surcroît, à son image; c’est à partir du XIesiècle que les clercs condensent et trahissent le texte biblique en faisant surgir la femme directement du flanc d’Adam.

Dans un tel système de pensée, seules les vierges, les veuves et les saintes sont véritablement valorisées et cette triade de modèles féminins est largement diffusée par la pastorale des frères dominicains et franciscains. Puis, à partir des XIIe-XIIIesiècles —avec l’émergence de la figure de Madeleine qui a su racheter son passé de pécheresse—, la bonne épouse et mère —celle qui respecte les interdits sexuels imposés par l’Église, qui procrée dans le mariage, qui accouche dans la douleur, qui allaite et éduque consciencieusement ses enfants— assure son salut.


4.2. Se taire dans les assemblées 
La femme chrétienne demeure exclue du champ du politique et tous les auteurs médiévaux et modernes défendent cette pensée de saint Paul: «Que les femmes se taisent dans les assemblées». La loi salique, excluant les femmes de la succession au trône, est l’expression la plus remarquable de son rejet et son application dans le royaume de France, la preuve du refus de son immixtion dans les affaires politiques. En 1586 encore, le juriste Jean Bodin s’exprime sur le statut de la femme dans ses Six Livres de la République: «Quant à l’ordre et à la condition des femmes, je ne veux pas m’en mêler. Je pense simplement qu’elles doivent être tenues à l’écart de toute magistrature, poste de commandement, tribunal, assemblées publiques et conseils, de sorte qu’elles puissent accorder toute leur attention à leurs tâches féminines et domestiques.»

D’ailleurs, avant les XVIIeme -XVIIIeme siècles, rares sont les femmes qui prennent effectivement la parole ou la plume: Hildegard von Bingen, Marie de France, Christine de Pisan ou Louise Labé demeurent des exceptions; femmes de lettres, elles défendent néanmoins bien souvent les valeurs culturelles médiévales, lesquelles sont essentiellement masculines.

Les seules femmes à véritablement exercer un (certain) pouvoir sous l’Ancien Régime sont les reines et les régentes, même si le pouvoir d’une reine relève plus de l’influence que de l’intervention directe, et les périodes de régence sont souvent propices aux révoltes nobiliaires. Les veuves, quant à elles, peuvent gérer l’entreprise du mari décédé et sont également valorisées dans le discours chrétien, car elles entretiennent la mémoire de leur défunt, en adressant des prières pour son âme, mais surtout parce qu’elles sont revenues à l’état de chasteté loué par l’Église. Toutefois, dans le même temps —et on retrouve le regard ambigu que les hommes portent sur les femmes—, la vieille femme qui prend facilement la parole, qui affirme une certaine autorité, qui détien(drai)t des secrets «de bonnes femmes», attire la défiance; c’est l’image populaire de la jeteuse de sorts, de la magicienne, de la sorcière; c’est également la figure littéraire de la Célestine —célèbre entremetteuse de la pièce de l’Espagnol Fernando de Rojas, la Tragi-comédie de Calixte et de Mélibée (1499)— qui s’impose rapidement dans l’Europe du XVIesiècle.
Pourtant, même si les cas restent rares, certaines femmes assistent aux assemblées de village, voire aux assemblées provinciales (uniquement pour les abbesses et les détentrices de fiefs) et peuvent même élire les députés des états généraux. On sait, par exemple, à travers la correspondance qu’elle entretient avec sa fille, que Mmede Sévigné a assisté à une session des États de Bretagne en août 1671 à Vitré, non loin d’une propriété héritée de son mari.


4.3. Une bonne épouse et une bonne mère 
Privée de droits, la femme doit donc rester dans la maison et se préparer dès l’enfance à assurer ses fonctions domestiques. C’est au sein du foyer qu’elle a un rôle à tenir, en premier lieu celui de servir son mari, d’être une épouse modèle. La majorité des conseils adressés par les pédagogues médiévaux aux jeunes filles ou aux femmes a pour objectif de leur apprendre à se bien comporter dans leur ménage et à rester soumises à leur mari. Ainsi, l’Église propose à la femme mariée le modèle scripturaire de Sara (Livre de Tobie,10), bonne épouse, qui aime son mari et honore ses beaux-parents; discours idéologique qui vise à préserver l’ordre social cimenté par les liens sacramentels et vassaliques.

La femme doit aussi être une bonne mère, enseigner la foi chrétienne à ses enfants et leur montrer un exemple de vie soumise à l’homme. Car, même si dans les riches milieux urbains la mise en nourrice est une pratique courante, la première éducation revient bien souvent à la mère: c’est elle qui doit instruire ses enfants dans la foi chrétienne, ce à quoi veille l’Église. Aussi, afin d’éviter paganisme, hérésies et sorcellerie à venir chez la femme dont la société se méfie toujours, les jeunes filles reçoivent-elles un rudiment d’éducation dispensée par l’Église.

Cette définition de la femme par ses devoirs d’épouse et de mère a la vie longue. En 1762, Jean-Jacques Rousseau écrit encore, dans l’Émile ou De l’éducation (LivreV), que «plaire aux hommes, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce, voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu’on doit leur apprendre dès l’enfance».

Épouses et mères modèles, les femmes doivent également savoir gérer la maison, parfois le domaine, et traiter une affaire avec un homme de loi; au milieu du XVeme siècle, Margaret Paston, en raison des fréquentes absences de son mari —homme de loi souvent à Londres—, ne se contente pas d’élever ses quatre fils et ses deux filles, mais se charge également de la gestion du domaine. De fait, toutes les femmes du peuple travaillent aussi hors du foyer, mais cette activité annexe est plutôt considérée comme une assistance à l’époux; il en est ainsi des femmes de paysans, d’artisans et de petits commerçants. Néanmoins, lavandières et servantes (pour ne citer qu’elles) ont une activité extérieure à leur foyer qui est socialement reconnue; ce qui n’est pas le cas de la prostituée.


4.4. Humilité et maintien du corps 
Dans les traités de pédagogie de l’Ancien Régime, un second genre de conseils adressés à la femme concerne la manière de se vêtir et de se comporter en société. À partir de la fin du Moyen Âge, outre les principes que la pudeur commence à imposer, les moralistes condamnent les excès somptuaires et vestimentaires, dénonçant en particulier les cornes ou autres hautes coiffures et les traînes. Si le fard est interdit durant la période médiévale —car on ne doit pas chercher à modifier le visage (miroir de l’âme) donné par Dieu—, il est plutôt conseillé à l’époque moderne et apparaît comme un signe de distinction sociale. Il faut attendre la fin du XVIIIeme siècle pour que l’on revienne à une conception «médiévale» dans ce domaine, nouvelle esthétique féminine qui annonce le romantisme: la femme doit être plus proche de la nature et il n’est pas nécessaire que les cosmétiques cachent le corps.
La femme doit également, en particulier au Moyen Âge, savoir dompter son corps: ne jamais regarder un homme dans les yeux, baisser la tête, ne pas la remuer, avoir un usage modéré de la parole et rester humble dans tous ses gestes.
                                                <vers 2eme partie>

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