Concours beaux textes JDF 2006 - Contribution N°6

 

Nous, femmes réfugiées des deux camps de Breidjing et Tredjing venant du Darfour au Soudan aimerions célébrer la journée du 8 mars 2006 avec nos soeurs autochtones de Hadjer-Hadid

 

Regardez bien ce monsieur assis sur sa monture comme un monarque, 

C’est mon mari.

Au moment où je me tue au travail pour le nourrir, il se bouscule pas mal d’idées dans sa tête. Si vous voulez bien, je vais vous commenter ce qui se passe dans la tête mon mari : Ce monarque se dit sûrement :

Je suis un homme.

J’ai eu la chance d’être né homme.

J’ai la possibilité d’avoir une femme qui me sert, qui travaille pour moi, qui me donne de l’eau à boire, pour me laver.

Elle doit cultiver mes champs, abreuver les animaux, vendre les produits de l’élevage et de l’agriculture et me rendre compte. Elle doit aussi aller chercher du bois les vendre pour me ramener le produit de la vente. Elle doit aller chercher du travail pour gagner de l’argent et nourrir la famille. 

Si elle ne le fait pas, j’ai pleinement le droit de la rudoyer, de lever mon bâton sur elle et de la frapper.

Au moment où je la bastonne, elle doit s’asseoir en signe de respect.

Elle ne doit pas crier quelque soit la puissance des coups reçus. Si elle se révolte, j’ai le droit de la répudier chez ses parents.

Ses parents doivent me la ramener car j’ai dépensé une forte somme pour l’épouser.

Entre temps moi, je n’ai pas grande chose à faire. Je dois aller vendre mon bétail pour avoir de l’argent et me promener dans les marchés hebdomadaires, boire l’alcool, manger de la viande et venir dormir.

Qu’est ce que vous voulez ce n’est pas pour rien que je suis né homme.

Ce matin, il dormait encore quand je me suis levée pour rejoindre les autres sur le chantier de la construction du barrage sur le Ouadis Moura où nous travaillons comme manoeuvres. Avec les autres, nous ramassons de la pierre sur les collines. Il n’y a aucun homme parmi nous. Nous sommes toutes les femmes jeunes et âgées. Nous sommes les bras à tout faire. Nous étions en plein travail quand une voiture est venue se garer à quelques mètres de nous. Une jeune femme et un jeune homme sont descendus et se sont diriger vers nous. Nous avons cessé un moment de travailler pour les observer. La jeune femme à pris la parole en arabe local pour nous livrer un message jusqu’à là inconnu dans notre milieu. Écoutez ce qu’elle nous dit :

Mes chères sœurs, dans moins de dix jours, c’est le 8 mars. C’est notre journée, c’est ma journée et ta journée. C’est l’unique journée qui nous est réservée pour exprimer nos points de vue, nos misères, à la face des hommes. C’est la journée de la femme. Cette journée sera célébrée dans le monde entier. Ce jour du 8 mars, sortons massivement pour la marche à Hadjer-Hadid. Nous devons être soudées ce jour. Sortez tout ce que vous avez de si précieux pour montrer votre coquetterie. Ce jour du 8 mars, nous devons montrer aux hommes que nous existons même en dehors de notre territoire. Montrons leurs que c’est nous qui faisons la force du monde. Nous sommes la base et le sommet du monde. Sans nous, les hommes ne sont rien. Le 8 mars notre flambeau doit briller.

J’ai pris la parole au nom de tous pour lui poser la question. Chacune de nous dans sa tête pensait poser la même question mais les paroles prononcées par cette dame nous avaient ébranlé.

Madame est ce que nos maris nous laisserons sortir le 8 mars. Vous voyez dans quel état ils nous ont réduit. Les travaux champêtres, chercher le bois de chauffe, préparer à manger, puiser de l’eau, garder les enfants, aller chercher la ration alimentaire mensuelle distribuer par le Programme Alimentaire Mondial, servir à manger aux messieurs, n’ai-je pas oublié un point ? Ne sommes nous pas des marionnettes au bout de la ficelle de ces hommes. Elles peuvent nous manipuler à volonté. Elles nous tiennent en laisse ».  

Elle me répondit : « Je me suis souvent amusée à  me poser cette question. Et si les femmes du monde entier se révoltaient une journée seulement contre les hommes quelles seront les conséquences. »

Je lui ai répliqué : « mon mari tombera malade le 8 mars si jamais je l’abandonne ce jour là. La jeune dame me répondit : c’est fini l’esclavage maintenant. Nous sommes égales femmes et homme. Il n’y a pas de raison qu’ils vous maintiennent dans l’obscurantisme pour vous exploiter. Lever vous comme une seul personne et dit non une seule fois à vos maris ce jours et nous verrons si la terre s’arrêtera de tourner. Nous contacterons tous les chefs coutumiers et les chefs religieux pour vous. Nous allons les sensibiliser pour qu’ils desserrent un peu les liens ».

J’aimerai avoir le courage de cette jeune dame. Son audace de fustiger les hommes m’impressionne.

Alors vous y serez oui ou non.

Bien sure que si. Avant nous ne savons pas qu’il existe une journée pour la femme. Madame vous nous avez beaucoup aidé. Pour une fois au moins, nous allons dire non à nos maris et nous joindre à nos sœurs tchadiennes pour célébrer la journée du 08 mars. Notre journée.

Texte de Mbainaissem Théodore

Action Positive pour l’Environnement

et le Développement en Afrique Centrale

N’djaména Tchad

Contact : apedac2001@yahoo.fr; theodorebay@hotmail.com

Texte N°6 diffusé sur le site www.journee-de-la-femme.comcom<  Concours JDF 2006

 

Consultez ici le palmarès 2006

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